Un hiver au Sud
Un hiver au Sud
Ici l'hiver est bâtard.
J'aimais cette impureté - tout et son contraire mêlés, à n'y plus rien comprendre, à se contenter de choisir, je prenais l'hiver, je mettais quand même une petite robe, je dégivrais mon pare-brise, mais j'ouvrais la vitre en grand, puis mon parapluie.
On montais le chauffage, dans les bureaux c'était le four, et dehors on respirais, fumer à la fenêtre, histoire d'en prendre un bol, de cet air coquettement hivernal.Les marchés de Noël montaient leurs planches de bois, mais ici pas de gâteaux aux épices : du punch, du rhum, de la musique martiniquaise. On n'est qu'à Bordeaux, ni plus haut ni plus bas, entre les deux, "y'a plus d'saisons con", et voilà que certains couraient en short à onze heures, quand la nuit étais presque à son milieu et que je faisais des tours dans la campagne vert foncé, la lune encore pleine au-dessus des arbres, c'est l'hiver ? pas l'hiver ? une fantaisie ? un roman ? une mélodie ?
La lune... peut-être que tout est de sa faute.