Equeuter les haricots
Je sors , la lumière crue de ce mois de Juillet m 'aveugle , j'avais oublié .
L'été , les vacances tout .
Je me dirige vers la maison dans un état second , quelqu'un aura peut être remarqué mon absence , non , rien que le silence et les cris .
Les cris dans ma tête , je leur demande d 'arrêter ça ne sert à rien de crier si personne ne t 'entends .
De toute façon, je ne vois personne , je vais direct au placard , j'ouvre la porte sors un flacon , un petit verre et bois la liqueur , ça me brule la gorge , m engourdis un peu plus , mais cela m 'est égal , la tête me tourne légèrement et l'alcool commence son effet amnésique , j'entend de nouveau le va et vient désordonné et familier de la maison .
Ou étais je censé être et faire ?
Les secrets à taire et les choses à faire .
Je reste plantée , immobile et silencieuse , était ce la première fois ou non ? Je ne comprend pas , je ne sais pas , je ne sais plus .
Tout ce que je sais , c'est que je ne dois rien dire et faire comme avant , je me secoue intérieurement , si je me concentre bien fort , je pourrai faire comme si rien n'était arrivé , la question est de savoir si cela va recommencer ? , Je me persuade que non , je me mord l'intérieur des joues jusqu'au sang , la douleur me ramène à ma réalité .
L'heure , le jour n 'ont plus d'importance , je retourne dehors , ma mère me demande ou j'étais fourrée , je dis " en bas " , la réponse n 'a aucune utilité , elle ne cherchera pas à savoir avec qui et mon occupation , sa seule préoccupation est de faire ce qu'elle m a demandé de faire - écosser les petits pois , équeuter les haricots , ou mettre la table - et comme tout ce que je fais à partir de ce jour là , je m'exécute sans piper mot , légèrement ivre , et en oubliant les jours .
Je me compose des règles compliquées , je calcule , j 'échafaude des stratégies . Jours pairs , impairs , pluvieux , chaud , tout est bon pour me souvenir et oublier .
C'est arrivé tel jour donc celui là je suis tranquille . Ça ne marche pas , ça n 'a pas marché et ne marchera jamais , chaque fois que cela recommence , cette chose m 'oblige à refaire encore et encore mes calculs , j ai envie d 'abandonner mais peut être que j 'ai mal fait .
Je n ai pas compris que ma tranquillité était terminée pour de nombreuses années et que chaque jour ressemblerait au premier .
Je me sens bête de ne pas trouver une solution , il doit bien en avoir une !
Oublier est devenu facile , je dors , je mange , je joue , école , maison , bus , juste la nuit ou les spirales infernales arrivent et m 'aspirent dans le néant , la tête me tourne , je perd pied et crie , réveillant toute la maisonnée .
Je voudrais me réfugier en sécurité , près d 'elle mais il y a lui , le monstre et elle qui comprend pas .
Je me force au silence aussi la nuit et décide d 'affronter mes cauchemars , et de tout oublier le matin venu .
J'ai neuf ans et je me sens vieille .
Du coup je lis et j écris .
Je fais ce que je fais de mieux , je me tais.
Du coup je lis et j écris .
Je lis tout le temps , partout , n'importe quoi , tout ce qui me tombe sous la main .
Je lis dans ma tête en cachette , les mots s 'enchainent , je comprend pas toujours mais ça m est égal , mon imagination fait le reste , le monde est merveilleux .
Je suis petite fille modèle en robe en crinoline , j'ai une calèche et je rêve .
Perdue dans ma tête .
Personne n 'entre sans ma permission , je suis puissante et invulnérable .
Je méprise les faibles , et hais les autres.
Ils n 'ont plus de place dans ma vie , n existent pas et je les voie à peine .
Je ne sais pas ce qu'ils font ou ils sont , je n'ai pas conscience d 'eux .
J'existe à l 'école , ailleurs je ne sais pas ou je suis et ce que je fais je l'oublie , c est parfait comme ça .
J 'écris pour le journal de l'école , beaucoup , trop , on doit mettre nos textes dans une boite , la maitresse ouvre la boite , lit et fait choisir aux élèves les textes qui leurs plaisent , je reconnais mes poèmes et petites histoires mais je ne les ai pas signés , on a pas le droit de remplir la boite de ses propres récits , un ou deux par enfant a t-elle dit , je me moque des règles et ne met pas mon prénom , tant pis .
Je me rappelle certaines histoires anodines et charmantes , et je me plais à croire qu'elles avaient quand même un petit coté cruel que personne ne remarquait .
Je méprise les faibles , et hais les autres.
Tu peux pas comprendre
Il y a ça et il y a le reste , " ça " est rangé dans un coin de ma tête je n ' y pense pas , n ' en parle pas et me persuade de mieux en mieux que ça n 'existe pas .
De toute façon il a rien a en dire et surtout à qui ? Me suis souvent posée la question et la réponse que j'obtient de moi même c 'est " tu peux pas comprendre ".
Peux être que tous les enfants ont le même secret après tout , enfin les filles ...
Voila ce doit être l'explication .
Je préfère le reste , ce qui me ressemble à la normalité .
L'école , les copines , le vélo , les frères , les vacances chez les uns et les autres .
Je m'invente une vie et elle est belle .
Sauf quand je suis en colère , une rage , des bouffées de haine pure , que je ne peux contrôler , j 'essaie , mais j'ai envie de faire mal , de faire peur , de détruire ou j'imagine mille mort pour mes ennemis .
Mais , je sais que c'est pas tout fait moi , c 'est la révoltée , elle veut m aider mais n 'est pas très efficace . Quelques fois je me demande : Combien y en a t il ?
Je ne sais pas trop , il y a plein de " cases " et je ne sais pas non plus comment les appeler , c 'est moi avec différents comportements , attitudes , humeurs , elles vont et viennent au fil des jours ou des heures , et je ne souviens pas de ce que fait l'une ou l'autre après coup .
C'est pratique et déstabilisant .
Les jours ont des trous et je ne cherchais pas à les combler .
Il y a " la révoltée " , en colère terrible qui imagine des scénarios fantastiques pour effrayer les autres enfants ; " la rêveuse " qui lit , écrit , qui plonge dans les livres comme dans l'eau claire et découvre des trésors cachés ; " la copine amusante " à l'école , avec ses amis qui aime les blagues , les aventures et les jeux ; il y a " la petite " effrayée par tout : escalier , pont , ombres , animaux etc... pleurnicheuse qui se plaint tout le temps et qui obéit à tout ; il y a " la grande " , elle, elle veut être un garçon , elle a peur de rien , elle est chef de bande , elle commande , elle lutte , ne se dégonfle pas ! Je l'aime bien , elle vient pas souvent et m attire des ennuis ...
Un exemple , je dois avoir dix ans et j'ai besoin de photos d 'identité , et " il " se propose de m'emmener les faire , je crois aller dans le village à coté à un photomaton , mais non nous allons à Bordeaux à plus de 50 km , " il " connait un photographe , je passe les détails du trajet ( éprouvant et horrible ) destiné à me mettre en bonne condition surement , on arrive dans une petite ruelle devant une boutique de photo , et là bien sur rien ne se passe comme je l'espérais , ce n'est pas un photographe ordinaire , il me fait descendre un escalier caché par un rideau et là un spectacle dégoutant : des enfants , des adultes nus qui font des choses que je ne comprend pas ou que je comprend que trop bien , il y aussi des rires , des pleurs , je remonte l'escalier et sors en courant dans la rue et m 'enfuie jusqu'a un parc , je vois un gendarme ou gardien et lui raconte ce que j'ai vu horrifiée , j'ai l'impression qu'il me croit et me demande de lui montrer cet endroit , bien évidement je ne l'ai pas retrouvé , jamais , même bien plus tard, même bien plus grande , je n ai jamais arrêté de scruter tous les magasins photos dans l'espoir de délivrer ces enfants . Bref inutile et dérisoire .
" Il " est intervenu auprès du gardien , lui certifiant que j avais beaucoup d 'imagination ,que j'avais peur , que je m'étais perdue ou que sais - je . En tous cas je l'ai bien payé et cher !
Deux objectifs , aucune priorité .
J ‘ avais deux solutions , devenir grande ou un garçon , je pensais que ces deux choses me préserverais de tout problèmes !
Je savais que grandir c’était possible , et de là : partir , même si cela me semblait compliqué , aller ou ? quoi faire ? mais c ‘était réalisable , il n y avait qu ‘ à attendre et tenir bon .
Les menaces pleuvaient , mais moi aussi j ‘ en faisais , c était facile je pouvais tout dire …
Il y aurait la DASS ou l’orphelinat , le déshonneur , la police , et ta mère et tes frères et patati et patata , d ‘ ailleurs il me montrait en ralentissant de vielles bâtisses , des hauts murs en me disant c ‘est ça que tu veux , vivre là ? Toute seule abandonnée ? Ça me faisait taire …
Je me doute bien aujourd’hui que c étaient pas du tout un orphelinat mais surement de vielles usines désaffectées mais à 10 ou 11 ans on croit les adultes .
Il n y avais pas de place pour les j’aurai du ou les peut être .
Attendre et oublier jour après jour .
Les secrets sont éphémères mais il y en avait beaucoup , les siens , les leurs , les miens , tout ce que l’on me cachait et que je voulais savoir , du coup j’étais la sournoise , celle qui écoute aux portes .
Je pensais que plus j ‘en savais plus ce serais facile de m’échapper , quelle naïve , mais j’étais jeune , ignorante , je faisais ce que je pouvais pour me rassurer .
Dans mes mauvais jours j’ imaginais que ce n’était pas ma famille tout simplement , ils m avaient enlevée et puis voilà , on finirait par me rendre à ma vraie famille gentille , aimante et tout et tout .
Le scénario était ficelé mais il y avait un hic , mes frères ! Que faire d’eux ?
Souvent je pensais qu’ils avaient le meilleur rôle , ils étaient jeunes donc rien ne leur arrivaient vraiment , ma mère répétait pour se justifier de tout « quand ils sont petits ils oublient tout « , donc aucun problème pour elle et ses punitions perverses ! Je ne les voyais pas toutes , j’ai appris bien plus tard certaines « contraintes imposées « par cette mère exemplaire en apparence - devant les voisins , sa famille ou amis - .
Je sais aujourd’hui que certaines sont jugées inhumaines ou contraire à la dignité humaine et d’autres comme actes de tortures , mais pour nous c était notre quotidien donc des punitions variées et inventives .
Dommage la prescription est de dix ans , ça c ‘est inhumain aussi !
Bref , pour moi et ma manie de bien ranger , leur vie m apparaissais « normale « . Il n ‘en était rien bien évidement .
Du chiendent
Pourquoi parler d 'eux , ils m étaient étrangers dans un sens , nous allions à l'école ensemble , dormions , mangions , jouions , mais je ne savais rien de leur vie , si ils étaient heureux , je ne posais pas de question , trop occupée par mes dissimulations ...
Ils avaient les même corvées sauf les plus petits ou le plus jeune , je me rappelle juste de rivalités absurdes .
Cela faisait bien longtemps que je n'essayais plus de les protéger , je n 'avais jamais réussi , quoi que je dise ou fasse on ne me croyait pas .
Se taire . Solidaires dans le silence , chacun sa peine .
Et puis j 'étais jalouse , de ce frère presque de mon âge qui avait ce qu'il voulait , sans rien demander , sans subir , je me demandais pourquoi lui , c 'est injuste ...Si j 'avais su à ce moment là deux nous aurions été plus fort .
Mais lui c'était le " gentil " surement obéissant , mignon , pas râleur . Le préféré de tous à mes yeux .
Et puis il y a eu l'accident , je n ai rien compris .
Pourquoi ce gamin se tire une balle ?
Quel enfant gâté ai-je pensé , ils lui ont peut être refusé quelque chose ou il connaissait un secret lui aussi mais trop difficile à porter ? Quelle mauviette , au contraire il fallait rester en vie pour bien leur pourrir l'existence , leur montrer que malgré leur désir , nous étions là , avec notre envie de vivre , nos rires , et nos menaces .
Leur rappeler chaque jour , ce qu'ils avaient fait et leur laisser dire que nous étions " comme du chiendent " , ou qu'elle aurait du nous noyer dans la rivière comme des petits chats , ne pas leur laisser de répit , survivre et les torturer ...
Aujourd'hui je suis contente de leur donner raison , du chiendent c 'est ce que nous sommes , toujours près à revenir , malgré tous les traitements , désherbage et compagnie , on en vient pas à bout !
Quelle bonheur ! Juste penser que le fait que nous soyons en vie , les emmerde ...
Peut être aurait elle du nous noyer ?
C'est quand que je suis grand ?
On baisse les bras , on abandonne de temps en temps ou souvent .
Quelques fois c 'était trop dur , des fausses joies, de faux espoirs .
Quand ils partaient les deux et qu'il murmurait " on vous laisse tous seuls débrouillez vous , on reviendra plus " sur le ton d 'une bonne blague ! Mes frères croyaient à ces histoires et ils paniquaient apeurés , et moi , je me disais si seulement ...
Mais à chaque fois j'étais déçue et ne le cachais pas , je suis sure qu il le savait et jubilait .
J'attendais qu 'il se passe quelque chose n 'importe quoi , pour nous sortir de là , mais rien pas de héros en armure , pas de justicier , pas de main divine punitive , rien juste le temps lent , très lent , c'est quand que je suis grand ?
Je me suis décidée .
Je lui en ai parlé à elle , des activités de son mari -soi disant paternelles- , ça n 'a pas eu l'effet escompté " comment oses tu , pourquoi dis tu des horreurs pareilles , c 'est ton père " !
- Non pas vraiment , c'est un type que t'as épousé , rencontré par petite annonce que tu ne connaissais pas du tout ! -
C'est la même chose disait elle , il vous a reconnu , élevé comme ses propres enfants , il était pas obligé , et toi tu fais des histoires t'as vraiment un grain , attend qu'il arrive je vais tout lui dire " .
Je l'ai supplié de ne rien lui dire , que je ferais tout ce qu'elle voudrait mais non .
En effet elle lui a tout raconté et j'ai du lui demandé pardon à genoux ça lui a beaucoup plu !
Il aimait bien tout ce qui était humiliation , requête etc... avec sa complicité à elle dés que l'on avait besoin de quelque chose , même pour l'école elle nous envoyait directement vers lui " vas demander à ton père " : deux heureux qu'on faisait , elle aucune décision à prendre et lui parce que qu'on était obligé d 'accéder à ses demandes après ...
Quand on est enfant on a aucun pouvoir .
Retour en arrière
Je suis née en 67 et mon frère en 68 , de père inconnu de nous , ma mère malgré nos efforts n 'a jamais rien dit , tant pis .
Qu'avait elle à cacher ? Avait elle peur qu'on le retrouve ? Je ne sais même pas si c'est le même pour nous deux !
Ce que je sais c 'est qu'elle n était pas décidé à me garder , je suppose que les pressions familiales ont fait penché la balance en ma faveur .
Jusqu'au début des années 70 , nous vivions chez ma grand mère maternelle , puis elle est décédé brusquement et ma mère s'est retrouvée seule avec deux enfants en bas âge .
La vie n 'était surement pas facile , et l'idée d 'avoir une vie stable a du lui plaire , je suppose qu elle a commencé à chercher le mari et père idéale . Il n y avait pas de rencontres en ligne mais des petites annonces vertueuses ou tous apparaissaient sous leur meilleur jour .
Quelques rencontres , rendez-vous et plus si affinités et l'affaire était faite .
Elle avait un mari , nous un père , elle était respectable ...
Nous , nous devions appeler cet étranger papa , nous ne savions rien de lui . Il revenait d 'Afrique , c était un militaire , il avait un tatouage , et il avait 29 ans .
Nous partagions une grande maison avec ses parents , pourquoi ? ils n 'étaient pas si âgés à cet époque , je me suis souvent demandée ce que cachait cette famille là , a part les drames familiaux ordinaires .
Je sais juste qu 'il avait son frère ainé décédé , mais il ne fallait pas en parler .
Des frères et soeurs qu'il avait du en partie élevé , car sa mère et son père travaillaient . Ce qui a semblé de bonne augure à ma mère .
Mais passé son adolescence à s 'occuper de sa fratrie , l'avait plutôt dégouté des enfants , donc ma mère c est vite rendu compte que cette tache ne serait pas pour lui , sauf pour la discipline car il avait des idées bien arrêtées sur le sujet et la proximité de ses parents lui donnait raison et le droit à aucun faux pas .
Au début ma mère a continué à travaillé ," les grands parents nous gardaient " , nous n avons jamais été leurs petits enfants comme les autres pouvaient l'être . Nous étions les bâtards , moi la petite " salope " , une voleuse , une menteuse , le mal incarné , j'avais cinq ans ...
Puis à la naissance de mon frère , elle a arrêté de travailler , nous nous avons commencé l'école , des histoires en disputes les grands parents ont déménagé .
Nous avons du nous habitué à une vie plus dure , plus sauvage , ou les enfants étaient dressés , nous étions des choses , obéissantes de préférence , sinon coups , punitions , martinet ," bouillée d 'ortie " , privations étaient notre lot .
Tout ce dont je me souviens c 'est une grande incompréhension .
Pourquoi ?
Juste l'impression de payer pour quelque chose que l'on avait pas fait.
Cadavre exquis
Les secrets faut pas les garder , les cacher , sinon ils grossissent , s 'enhardissent et pourrissent tout ce qui est beau .
Ils rongent , trahissent et finissent par vous engloutir : des rats nuisibles et envahissants !
Ils aiment la discrétion , les portes fermées , l'ombre et le silence . Alors ouvrez les fenêtres , allumez la lumière , mettez de la musique et débusquez les tous ! Parlez , chantez , écrivez , racontez , dépassez votre peur .
De toute façon , bien souvent on a tant pleuré , prié , résisté et lutté , on a épuisé le noir , ne reste que la couleur .
Avant , petite j'étais une bavarde , puis je suis devenue " muette " je me suis laissée enfermer par la peur , l'horreur , la douleur , ça me rongeait de l'intérieur , ça a bien failli me bruler , me consumer .
J 'ai trouvé des parades , des béquilles dérisoires mais qui m 'ont aidées plus que d 'autres .
Je n 'avais plus peur , je croyais avoir pris le pouvoir même si je ne l'ai jamais eu .
Ils auraient du savoir qu 'un enfant ne sait pas garder les secrets , surtout quand il devient grand , que les années passeraient mais que rien ne serait oublié , croyaient ils vraiment que " les petits ne se rappellent de rien ? "
J'ai tout raconté et plus d'une fois , on ne pas toujours cru mais qu'importe , je crois que j'ai été " l'enfant du silence " le moins silencieux !
Se taire , oublier et disparaitre .
Mais j ai décidé que je ne leur ferais pas ce plaisir , qu'après tout j 'avais résisté et continuerais ... à entendre encore leur voix " elle va continué à nous emmerder longtemps celle là ? "
J'écris et ils ont peur , comment peut on avoir peur des mots ? Les mots je les aime , certains plus que d 'autres , j'adore les lire , les déchiffrer , chercher et connaitre leurs secrets .
Toujours des secrets , mais des légers , des gourmands , des amusants .
Comme les bisous des enfants .
Dis-moi dix mots… à la folie
Le cadavre exquis est un jeu collectif inventé par les surréalistes vers 1925. Le principe du jeu est le suivant : chaque participant écrit à tour de rôle une partie d'une phrase, dans l'ordre sujet–verbe–complément, sans savoir ce que le précédent a écrit.
" T'as l'air tout à fait normale, et pourtant..."
"Tu vois, ce n'est pas difficile d'être normale. Tu peux y arriver... T'as qu'à faire comme les autres et y aura plus d'histoires."
J'ai commencé à faire semblant, être une autre , une que l'on pouvait comprendre . Je me disais qu'à force de jouer la gentille , parfaite, je le deviendrais. Je changerais. Je me nettoierais de tout , j'oublierais.
Effacé le passé , comme au début des films " cette histoire n’est que pure fiction. D’ailleurs toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé ne serait que pure coïncidence. "
De toute façon , je ne sais pas qui je suis , alors être celle-ci ou une autre ! Tu fais des efforts , tu t'appliques mais il s'en faut de tellement peu pour basculer , un mot , un geste , un visage , un paysage , tu fuis , tu cherches .
Tu observes et t'apprends des autres , leur attitude , leurs réactions , leurs sentiments , tu compares et tu t'accapares leur histoire , leur vie .
Comment pourrais tu leur raconter ta famille ? Il n y a pas de mots pour l'horreur , et la difficulté n 'est pas de tout dire , même les choses les plus crus , les plus sordides , c 'est juste qu'à chaque fois tu les revis encore et encore , et que tu dois les enfouir de plus en plus profondément et que tu as peur que ça déborde .
Tu fais des prouesses pour ne plus y penser , un moment d'inattention et c 'est la gifle , le retour de manivelle , alors tu t'occupes tout le temps , de tout , pour ne pas penser , rester coute que coute sur la digue prête à céder .
Peut être dormir et jamais te réveiller , Belle au Bois Dormant ou Blanche Neige , rien à attendre du Prince Charmant , s'allonger et patienter quelle idiotie !
Ou la solution , se laisser mourir , sans rien faire , sans rien dire , ça finirait bien par arriver ? Peut être qu'on n arrête jamais de souffrir ?
Il faut du temps , s 'apprivoiser , s 'aimer , et la vie continue avec ses rires , ses joies , ses chagrins , bouger , danser , ne pas s 'arrêter , devenir plus forte , déterminée et un jour naturellement être à sa place , du bon coté , avoir des doutes légers , sans se forcer savoir qui on est .
Regarder son passé en face , laisser la boue remonté à la surface , l'étaler , la partager et après tout se dire que tout n 'est pas fichu , arrêter de jouer et se permettre de vivre ou revivre .
" Réfléchis à celle que tu étais avant que la vie te force à jouer un rôle, va faire un tour du côté de la petite fille... On apprend toujours en allant interroger la petite fille."









