Quelques signes tracés sur l'eau...
Quelques signes tracés sur l'eau...
Il me semble savoir avec exactitude à quel âge j'ai pensé, senti ou accompli telle ou telle chose. L'échelle dont je me sers, ce sont les années d'école, le point zéro, le moment où j'ai su lire mon premier livre sans image, Les malheurs de Sophie, à chacun ses conquêtes. La comtesse de Ségur m'accompagne un long moment, je lis tout ce qui me tombe sous la main. Pourquoi est-ce que ce matin j'ai ce souvenir en tête ? C'est parce qu'à la même époque, je suis persuadée que ce sont les arbres qui fabriquent le vent, or je déteste le vent mais j'aime les arbres. Je me sens fière de mon pouvoir de déduction, mais la solution que j'imagine me perturbe. Je contemple la longue haie qui turbine l'air glacé dans le jardin et pour moi c'est une évidence. Si on coupait la haie, le vent cesserait. Je ne révèle pas ce que je sais, aussi je ne rencontre pas l'âme charitable qui va démolir mes élucubrations. Je ne suis pas assez vieille pour savoir que je ne sais rien et dans les œuvres de la comtesse de Ségur, on ne parle jamais du vent. Je suis incapable de savoir à quel moment j'ai compris que non, les arbres ne fabriquait pas le vent.