La reine des neiges
La reine des neiges
Ce qui lui pèse ce sont les cris, les bousculades, la promiscuité, l'incessant brouhaha, le perpétuel remuement des pieds, des têtes, des lèvres des trente-cinq corps à peine entrés dans l'adolescence entassés dans les salles sans beauté, surchauffées, éclairées au néon. Ce qui l'étouffe, c'est la journée découpée en rondelles calibrées, cinquante-cinq minutes, chaque tranche ponctuée d'une sonnerie déchirante. Tout ce temps qu'on lui vole (elle soupire - un soupir profond, elle l'a remarqué, allège le poids du caillou installé à demeure sur son thorax depuis la rentrée), l'apprentissage de la vie en collectivité auquel il convient de se soumettre - ses clameurs brutales, le silence un havre hors de portée, elle se désole. Une élève calme et studieuse, écrivent les professeurs, il faudrait toutefois surveiller cette tendance au repli et faire des efforts de participation en classe. Le père et la mère haussent les épaules à chaque bulletin trimestriel. Ils offrent des livres à leur fille, des feuilles de papier grand format, des couleurs, des pinceaux .Et voilà, un jour, deux jours , de temps volé sur le calendrier scolaire - une vacance extraordinaire dont chaque seconde est décuplée, dilatée à l'extrême, où se faire reine du royaume tranquille de sa chambre. À sa fenêtre l'autorité du blanc, l'épaisseur du silence.