Puisque rien ne se perd ,
ou que j'ai déjà tout perdu - puisque rien ne se crée, d'ici-bas où je gis - alors je voudrais tout transformer - frotter le bois blanc et l'enduire d'huiles bleues - forger le fer; l'arrondir, le polir - fondre la glace et le verre - graver dans le plâtre des arabesques - assembler des carrés de céramique minuscules - lier le rouge le vert et l'or - déteindre les fleurs et les tremper au gré des jours - casser les plaques, d'aluminium, de terre sèche, de nougat, les exploser et les faire voler - souffler dans les briques - monter un géant de mousse - une tête d'argile molle - une main de papier mâché - une chimère de sel - un sphinx de bulles - touiller l'asphalte qui coule - crêper des chevelures immenses - faire s'envoler les draps, le foin, les palmes vertes ou ocres - mélanger la farine, la boue, l'indigo, les cristaux de quartz - emmêler les guirlandes, le crin, les fils d'argent, les lianes et les lustres - tout retourner, mêler, dépecer, rassembler, dans un méli-mélo de matières, de couleurs, de petites et grandes folies , d'inspirations bâclées, de tapage rageur, râleur, jouisseur - sur fond de barrissements joyeux, furieux.
