Le pays de Robert Walser est fait de montagnes, de...

Publié le par Katia Bernhard-ridoin

Le pays de Robert Walser est fait de montagnes, de vallées, de plaines paresseuses ou de capricieuses collines. Les alpages juvéniles succèdent aux immémoriales forêts, et les paisibles prairies aux vergers délicats. Il neige. La tendre rive des lacs apprivoise de gentilles bourgades endormies, les sources murmurent d’étonnants secrets dans les creux de verdure. L’orage du soir d’été monte au-dessus des cimes. L’automnale pluie frappe au carreau de la fenêtre. La mansarde est silencieuse et danse à la flamme primesautière de la chandelle. Le pays de Robert Walser est immense et minuscule, prodigieusement insignifiant et considérable, c’est le pays de l’écriture, — quand elle s’invente ingénument d’enfantins horizons. Mais comment écrire quand on échoue sciemment à devenir ce qu’il convient d’appeler un homme de lettre ? Comment écrire quand vous vous sentez expatrié du pays même de l’écriture, et que votre présent songeur semble vous exclure du cours du monde et vous renvoyer l’image d’un éternel narrateur anonyme ? (in Le matricule des anges, n° 138, novembre-décembre 2012)

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