« Ça ne prévient pas quand ça arrive, ça vient de loin. »
Et moi je l’ai sentie s’installer, prendre ses aises par petites bouffées, par vagues de nostalgie que je n’avais pas invitées. Elle m’a d’abord grignotée, j’ai d’abord cru que je serai plus forte, que je saurai la maintenir là où elle se trouvait, là, tapie dans un coin de mon cerveau à m’envoyer des coups de marteau. Ici, il y avait la vie, la joie qui m’emporterait, je n’ai jamais renoncé. Ici il y avait le bonheur, le vrai, qui l’empêcherait de prendre racine. Ici, il y avait la vie, les enfants et leurs cris, la vie que j’avais choisie. Je me croyais plus forte qu’elle, à tout jamais, par tous les vents, par tous les temps. Je l’ai plusieurs fois sentie, là, dans l'ombre, mais la lumière était si belle et ma joie jouait les gros bras. Je ne serai plus jamais triste, plus jamais. Puisque je l’avais décidé. Et si elle s’avisait de sortir de son nid, il y avait lui, il y avait les enfants, il y avait la vie que j’avais choisie. Je l’ai sentie reprendre des forces et j’ai choisi de l’ignorer. J'ai roulé cheveux aux vents, le plus vite que je pouvais. J’ai emmêlé mes souvenirs les plus heureux aux projets les plus fous. Je ne voulais pas la voir, elle n’existait plus, pas chez moi en tout cas.
Il y a ici des matins de brume et de soleil qui n’en finissent pas de m’époustoufler.
